Fondement
de l'agro-écologie
Pour expliciter
notre démarche, voici quelques grandes lignes
sur la problématique du développement
agricole telle que nous la percevons, et sur les
solutions que nous préconisons et appliquons
depuis de nombreuses années avec un véritable
et incontestable succès.
Cette application
porte des fruits parce qu'elle répond aux besoins
des paysans les plus démunis, en particulier
dans les régions arides et sèches telles
que le Sahel. L'application de cette alternative au
Burkina Faso est relatée dans l' Offrande au Crépuscule, ouvrage de Pierre Rabhi qui a reçu
en 1989 le premier prix du ministère français
de l'Agriculture.
Derrière la
question agricole et alimentaire, c'est bien entendu
la dignité humaine qui est en jeu. Car il ne
peut y avoir de liberté sans autonomie, ni de
paix sans pain. Le droit et le devoir des peuples à
se nourrir par eux-même sont au coeur de notre
démarche et de notre éthique. C'est à
cette éthique que nous entendons continuer à
nous dévouer avec votre soutien.
L'agriculture moderne inadaptée
aux pays en développement
L'agriculture dite "moderne" a été
soumise aux critères de l'industrie. Le paysan au sens
initial du terme a été graduellement remplacé
par l'exploitant agricole,
cette sorte d'entrepreneur de la terre produisant des
matières premières agricoles dont une
grande partie est valorisée par l'industrie.
L'option industrielle des pays occidentaux
a induit le productivisme agricole pour répondre
aux besoins d'une population urbaine en croissance continue,
et corriger les pénuries provoquées par
les guerres. Pour ce faire l'industrie a fourni aux
producteurs agricoles en diminution continue les engrais
chimiques, les pesticides de synthèse, les semences
selectionnées et un machinisme toujours plus
performant permettant à toujours moins d'agriculteurs
de produire toujours plus et jusqu'aux excédents
agricoles.
L'énergie
combustible est à la base de productivisme :
il faut par exemple 3 tonnes de pétrole pour fabriquer
1 tonne d'engrais ;
il faut consommer environ 10 à 15 calories d'énergie
pour produire 1 calorie alimentaire. Par ailleurs, le passage de la civilisation
du pain à celle du "beefsteak" et des
protéines animales en abondance a rendu nécessaire
la consommation par les animaux de 10 à 12 protéines végétales
pour obtenir 1 protéine animale.
Toutes
ces équations et péréquations font
de l'agriculture moderne le mode de production probablement
le plus onéreux de l'histoire de l'agriculture.
L'accès quasiment gratuit aux ressources planétaires
(matières
premières minérales
et végétales, énergie combustible,
travail humain) que la colonisation a permis, a grandement
contribué à l'essor d'un tel mode de production.
Ce
modèle appliqué dans le monde a gravement
perturbé les systèmes alimentaires traditionnels
en les impliquant prématurément dans les
lois du marché international des denrées
agricoles exportables et manufacturables, avec des pénuries
et des pléthores artificielles. Il a confisqué
aux communautés humaines, au Nord comme au Sud, leur capacité à produire
et consommer localement, et instauré une répartition
de l'alimentation fondée sur le transfert coûteux
et permanent des denrées, necessitant une consommation
exorbitante d'énergie avec les nuisances qui
en découlent.
Entre
conséquences directes et indirectes, ce modèle
comporte également un bilan écologique
très lourd avec l'appauvrissement des sols et
la perte de leur vitalité naturelle, la pollution
des eaux, la perte des espèces végétales
et animales adaptées aux divers biotopes, la
disparition des paysans et leur migration vers les villes. Il est par conséquence irréaliste
et irrationnel de considérer ce modèle
comme généralisable ou adapté à
notre planète où les ressources énergétiques
fossiles sont limitées. Même si les réserves
de pétrole sont encore considérables,
les consommer encore longtemps nous exposerait à
l'asphyxie. Quand
à leur pénurie, elle nous plongerait dans
une famine planétaire sans précédent. Ce dilemne est au coeur du devenir collectif.
Ne
pouvant produire sans épuiser, détruire
et polluer, le modèle dominant de production
alimentaire contient en fait les germes de sa propre
destruction et nécessite d'urgence des alternatives
fondées sur la dynamique du vivant.
L'agro-écologie,
une alternative rationnelle
Parmi les alternatives, l'agro-écologie,
base de notre expertise, repose sur deux réalités
fondamentales :
le sol est un organisme vivant
avec un métabolisme, et non un substrat
destiné à recevoir des substances
chimiques de synthèse ;
l'agro-écologie replace
la terre nourricière dans le cadre plus
large de l'environnement naturel. Elle préconise
l'entretien et la régénération
des écosystèmes dans une démarche
globale.
L'agro-écologie
est à la fois une approche et une technique
incontestablement efficace pour répondre
aux deux critères de sécurité
alimentaire et de sauvegarde des patrimoines nourriciers.
En
tant qu'approche, elle réunit pour les harmoniser
les éléments constitutifs d'une logique
où la terre, les végétaux,
les animaux et les humains ainsi que l'eau, l'air,
la chaleur, la lumière sont considérés
comme indissociables,
la vie résultant de leur complémentarité
et de leur interactivité. C'est sur ce principe
que nous avons fondé depuis longtemps notre
pédagogie.
Technique
efficace, elle s'appuie à la fois sur l'agriculture
paysanne traditionnelle ou moderne et sur une meilleure
connaissance scientifique des processus qui ont
depuis les origines conditionné le vivant.
S'inspirant de certains phénomènes
observables dans la nature, l'agro-écologie
propose des techniques qui respectent, améliorent
ou accélèrent ces phénomènes
au profit de la production agricole.
C'est
ainsi que le compostage,
technique de base de l'agriculture écologique,
reproduit en l'activant la transformation des matières
organiques végétales et animales en
un
humus proche de
celui que les forêts élaborent en continu
pour leur propre survie.
C'est
ainsi que le travail aratoire respecte autant que
possible l'ordonnancement des sols entre couche
aérobie de surface et anaérobie profonde,
avec leur complexion et leurs micro-organismes spécifiques..
C'est
ainsi que l'association des plantes tente de perpétuer
le principe de biodiversité, fondement des écosystèmes
détruit par la monoculture.
C'est
ainsi que le choix des variétés tient
compte de la compatibilité des végétaux
et des animaux avec les conditions de leur milieu
d'implantation.
C'est
ainsi que les substances utilisées pour lutter
contre maladies et parasites doivent être
autant qu'il se peut biodégradables ou recyclables
naturellement et sans rémanence ni nuisance
pour les sols, l'environnement ou la santé
humaine et animale.
Parmi les avantages de
l'agro-écologie ...
Elle permet un développement
agricole durable et reproductible,
Elle est applicable
par les paysans les plus démunis qu'elle affranchit
d'intrants coûteux,
Elle régénère
et dynamise les sols : productivité, résistance
à l'érosion par des travaux d'aménagement
antiérosifs, reboisement, protection contre le
vent, association de l'agriculture et de l'élevage,
etc.,
Elle est facteur
d'autonomie et libère de la dépendance.