Article :
    Vers une monnaie planétaire unique

         


        L’instinct de migration est l’un des instincts les plus puissants de l’être humain : c’est la capacité à aller vers d’autres horizons pour trouver de meilleures conditions de vie. Sans cet instinct, l’homme n’aurait pas conquis autant de territoires, du Groenland jusqu’aux terres du Sud, ni fait tant d’inventions…l’homme migre rarement par plaisir, il s’éloigne de chez lui, plus souvent par nécessité impérative, en s’arrachant le cœur, poussé par un besoin de survie, plus grand que l’attachement à ses racines.
        Tant qu’il y aura une telle différence de salaire entre les pays riches et les pays infortunés, les habitants les plus pauvres de la planète n’auront de cesse que de se déplacer croyant à un Eldorado accessible, servant ainsi de proies faciles à des marchands d’esclaves de plus en plus nombreux, les passeurs de clandestins. L’actualité nous offre des images terrifiantes de corps humains entassés dans des camions plombés plus sûrement que les wagons du IIIème Reich.

        Toutes les prises de positions, les mesures de répressions, les solutions communautaires que les civilisations nanties mettent en place sont évidemment coûteuses, stupides et sans effets : c’est à la base qu’il faut régler le problème. Une monnaie planétaire unique est le chemin obligé pour l’établissement de conditions de vie plus équivalentes. Le jeu spéculatif sur les monnaies, déstabilisant les marchés intérieurs provoquent des raz-de-marée plus dramatiques que les typhons.

        De l’autre côté, les pays occidentaux sont de plus en plus souvent victimes de phénomènes de délocalisation : dans une société uniquement basée sur le profit, une entreprise n’hésite plus un instant à trouver une main d’œuvre sous payée, exploitable et corvéable à merci, pour être compétitive et  pour avoir un prix de main d’œuvre de plus en plus réduit. Si l’on réjouit, quelque part, de voir des êtres humains trouver du travail pour nourrir leur famille, on ne peut que s’horrifier des conditions de salaires et de travail de ces populations, et être catastrophé de voir des pans entiers de l’industrie occidentale s’écrouler, avec, là  aussi, un coût en désespoir et en faillite inadmissible.
        Comme pour les phénomènes d’immigration, les phénomènes de délocalisations n’ont qu’une raison fondamentale : la différence de salaire d’un pays à l’autre. Comment pourrait-il en être autrement ? Quand un ouvrier Français gagne 100 Francs, l’Anglais en gagne 95, l’Italien 70, le Roumain 15 et le Bengali 5…

        Les deux phénomènes, migration et délocalisation, tendent par «capillarité naturelle » à équilibrer ces différences : c’est une sorte de «pression osmotique » des salaires. On peut penser qu’à très long terme, ces phénomènes arriveront réellement à rééquilibrer les salaires. Mais devant les désastres humains et écologiques d’une telle économie, il n’est pas impossible que l’homme ne soit plus là pour en voir le point d’équilibre.

        Les occidentaux vont voir dans un délai très cours leurs économies complètement bouleversées dans tous ce qui se rapporte à la survie élémentaire, alimentation, vêtement, machines. Ils n’ont bientôt plus d’autres choix que la mutation : tous leurs emplois sont en train de filer vers d’autres horizons ! Et ceci est très grave car l’incapacité à maintenir un champ d’activité de survie basique les mettra à la merci du premier chaos qui passe. Les systèmes sont déjà si complexes, si fragiles sur certains domaines que les points de ruptures sont nombreux.
        Les pays en voie de développement eux, n’en peuvent plus d’être ravagés par la misère qu’engendre le système économique occidental. Les 358 individus les plus riches du monde détiennent à eux seuls autant d’argent que les 2,3 milliards de personnes les plus pauvres réunies : ce n’est plus supportable. L’intelligence se révolte à une telle constatation. Par respect de la dignité humaine, c’est inacceptable.
        Tant qu’il subsistera des richesses aussi incalculables à côté de pauvretés aussi absolues, aucune démocratie ne pourra réellement prendre place sur Terre.
        La planète qui nous porte, elle, est en train de vomir par tous ses événements climatiques le traitement que notre inconscience et notre appât du gain lui font subir.

        Un des moyens techniques à mettre en place de toute urgence est donc une monnaie planétaire unique, pour permettre une simplification des échanges et avancer  vers la voie de salaires équilibrés entre le Nord et le Sud. Cette monnaie empêcherait aussi tout ce qui est dévaluations et inflations artificielles, ce qui empêchera les ruines brutales des économies.
        On assiste depuis longtemps déjà à un «mouvement naturel » des monnaies pour s’unir et trouver une valeur commune s’asseyant sur un plus grand nombre de pays, pour devenir plus fortes. C’est, par exemple récent, le cas de l’euro. On va assister sous peu à l’émergence de quelques monnaies-forces correspondant aux grands blocs politiques : dollar, euro, monnaie asiatique, monnaie orientale… Pourquoi attendre plus longtemps une monnaie qui aurait cours à n’importe quel endroit de la planète ? Il est évident que le système monétaire actuel n’est qu’une construction bancale faite de rajout et de réajustement au fil du temps. Avant que la construction ne s’écroule complètement, et que l’homme se retrouve à la rue, n’est-il pas temps de tracer des plans pour une demeure plus saine ? Comble de l’ironie, la Junkfood américaine, par son symbole le plus dérisoire, va peut-être nous apporter la valeur de cette nouvelle monnaie. L’unité « Handburger » ! ! !

        On peut évidemment rester sceptique sur la capacité de changement des gouvernements : imaginer vraiment, que, comme ça, d’un coup de baguette magique, les Etats vont se donner une gentille petite main et établir une monnaie unique. La mise sur pied d’un système monétaire humain et juste, ne peut se faire sans de monstrueuses résistances ! Les possesseurs de gros capitaux, ayant argent donc pouvoir sur les autres, politiciens et nombre de patrons, vont bloquer de toutes leurs forces.
        Mais, finalement, toutes les personnes, exploitées ou déjà hors système, gagneront largement à des échanges monétaires stables et justes, pour se rendre enfin maître de leur destin, et retrouver ainsi leur dignité, et leur propre pouvoir. Même les petits épargnants, les petits porteurs d’actions, plaçant par peur du lendemain ou par nécessité, trouveront grands avantages à une économie assainie, donc rassurante et porteuse d’espoir.
        Seuls, y perdront évidemment ceux qui spéculent allègrement sur les monnaies. Déjà les boursicoteurs font grise mine à l’idée de la monnaie européenne car ils y perdent quelques belles occasions de bénéfices. Mais allons-nous longtemps, tel des enfants irresponsables, accepter de laisser nos existences gâcher par quelques-uns ? Qui est responsable de notre propre misère en définitive : les financiers, ou nous-mêmes, en continuant à cautionner notre propre exploitation ? Je ne te parle pas, bien sûr, des esclaves modernes travaillant dans les briqueteries en Inde, ou les enfants d’Amérique latine peinant dans les mines. Mais nous, avec notre niveau d’instruction, nous, adultes, majeurs, subissant sans rien faire ?
        On entends dire en Occident que la société risque de s’écrouler.
        Qu’on ne s’illusionne pas : pour la majorité des habitants de la planète, l’écroulement total à déjà eu lieu, leur société est détruite complètement par la mainmise financière occidentale : la survie n’a lieu que dans une jungle impitoyable. Il est temps d’arrêter de se voiler la face, ce qui est très pratique pour notre sommeil.. Notre société n’offre qu’une façade de civilisé, derrière, c’est une véritable barbarie.

        Pour assainir l’économie mondiale, nous devons demander à nos actuels dirigeants le blocage immédiat des monnaies, et l’établissement de grands travaux pour l’utilisation d’une monnaie planétaire. La force de l’opinion publique peut accélérer ce processus. Car c’est inévitable : la situation de miliards d’être humain est au bord de l’explosion.

        Marie-Martin Pécheux